Sophie LUONG est cadre social au pôle familles monoparentales depuis le 2 décembre dernier
1/ Selon la tradition, pourriez-vous d’abord nous faire le récit de votre parcours avant d’intégrer le CASP ?
De formation éducatrice spécialisée, j’ai débuté dans le champ du handicap mental puis j’ai travaillé durant plus de 10 ans dans le champ de la protection de l’enfance. Ma pratique dans les institutions médico-sociales a été très diverse et de ce fait très enrichissante : maison d’enfants à caractère social, Aide sociale à l’Enfance, Service d’action éducative auprès des juges des Enfants puis dans une pouponnière en tant que chef de service. Ayant vécu par ailleurs de 2005 à 2007 à Shanghaï, j’ai été bénévole dans un orphelinat.
Mis à part mon expérience en Chine où ce ne fut pas possible, le travail auprès des familles et avec elles a toujours été le centre, voire le moteur, de ma pratique.
Fin 2010, je cherchais à changer d’institution ou même de champ d’activité, qui serait davantage en cohérence avec mes convictions. L’accès à l’autonomie n’est pas qu’une réponse « structurelle », et quiconque se préoccupe de l’enfant, se préoccupe nécessairement du parent aussi, et vice-versa. Une relation d’aide se fait dans une globalité. Je retrouve tout à fait cet axe de prise en charge dans le projet d’établissement d’Eglantine et dans la pratique de l’équipe sociale.
2/ Vous encadrez l’équipe sociale du pôle Familles monoparentales qui comprend aujourd’hui, outre Eglantine, la résidence sociale Championnet. Quelle est l’originalité de chacune et comment s’organise l’équipe sociale entre ces deux structures ?
Le champ d’activité au pôle Familles monoparentales est très large, ce qui en fait notre spécificité. Accueillant des femmes avec des enfants (âgés de 0 à 18 ans) et des femmes enceintes, notre intervention se trouve au carrefour du social, de la protection de l’enfance et du paramédical. L’accompagnement social est l’axe principal, le soutien à la parentalité se fait dans un cadre préventif et le suivi paramédical permet d’orienter les personnes et d’assurer leur accès aux soins auprès des professionnels de santé. Le suivi est de ce fait global, que ce soit à Eglantine ou à Championnet.
L’équipe sociale du pôle est ainsi pluridisciplinaire : 4 référents sociaux de formation assistante sociale ou conseillère en économie sociale et familiale, 3 référents éducatifs (2 monitrices-éducatrices et une auxiliaire de puéricultrice faisant fonction d’éducatrice de jeunes enfants) et une infirmière-puéricultrice. Ces dernières interviennent principalement à Eglantine. Intégrée à l’équipe, une conseillère en économie sociale et familiale à mi-temps assure le suivi auprès des 22 familles monoparentales de la résidence sociale Championnet. Toutes sont des professionnelles très investies dans leurs missions.
Le parcours d’autonomie des résidentes est bien sûr différent à Championnet, mais Eglantine a une autre particularité. L’accueil s’y articule autour de deux pôles : le pôle urgence (40 places) et le pôle insertion (110 places), dont la durée et le type d’accompagnement sont distincts.
3/ Sur quelles problématiques travaillez-vous actuellement ? Les familles ont-elles des exigences particulières ?
Les demandes récurrentes des résidentes concernent la nourriture à Eglantine (trop européenne à leur goût) et le problème de garde des enfants. Pour la première demande, nous ne pouvons pas changer de traiteur. Pour répondre à ce désir dans la mesure de nos moyens nous partageons deux fois par an des repas commandés à des traiteurs spécialisés ou confectionnés par les mères. Elles préparent des plats de leur pays d’origine. Cette organisation est à chaque fois un véritable challenge (près de 150 convives). Pour le mode de garde des enfants, il n’y a pas de solution en interne. A vrai dire, je n’y tiens pas non plus. S’il y avait une crèche à Eglantine, l’enfant passerait 24h/24 dans l’institution. Par contre, je tente actuellement de développer le réseau partenarial déjà existant avec les crèches associatives, d’étendre ce réseau avec les mairies des 17e et 18e arrondissements et auprès des crèches inter-entreprises. Quelques résidentes de Championnet sont également concernées par cette problématique. Au-delà du problème de mode de garde, il me semble également important de développer le réseau partenarial du pôle avec les autres secteurs (école, PMI, service social des mairies), dans l’intérêt d’une prise en charge globale des familles.



